Faire le point sur le cours d’ESH du lundi 17 décembre

Un faire le point assez long mais avec les indications de réponse entre parenthèse. Merci de bien travailler cette partie du cours :

Faire-le-point-ESH-17-12-18

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Paradoxe de la tranquillité & Faire le point sur le cours d’ESH du vendredi 14 décembre 2018

Voici le faire le point de ce jour : Faire-le-point-ESH-14-12-18 et quelques précisions sur le paradoxe de la tranquillité.

Hyman Minsky est à l’origine d’un modèle explicatif des fluctuations économiques : le cycle du crédit. Quand les conventions financières sont optimistes, les agents économiques anticipent une forte rentabilité pour leur activité économique. Aussi, même si le taux d’intérêt est élevé, ils pensent qu’il est viable de s’endetter parce que le rendement de l’investissement excède le coût du financement. Autrement dit, l’endettement génère un effet de levier : la rentabilité des fonds propres des AE est dopée. Ils demandent alors massivement des crédits ce qui stimule l’activité économique et renforce les conventions optimistes (les anticipations sont auto-réalisatrices).

Puisque les revenus de tous les agents économiques augmentent (profits des entreprises et salaires des ménages) ainsi que la valeur de leur patrimoine (hausse du prix de l’immobilier, hausse de la valeur des actions parce que les entreprises réalisent beaucoup de profit), les banques répondent favorablement aux demandes de crédit des ménages et des entreprises. Or les banques évaluent mal la réelle solidité financière/solvabilité des AE auxquels elles prêtent. Elles ont tendance à financer des AE très fragiles qui présentent le risque de devenir insolvables à la première difficulté économique ou financière qu’ils rencontrent. Hyman Minsky utilise l’expression « paradoxe de la tranquillité » pour qualifier cet accès au financement d’AE très fragiles durant la période d’expansion et d’euphorie. Leur (sur)endettement sera à l’origine du retournement du cycle et de l’entrée dans la phase de récession.

Pour comprendre pourquoi les banques sous-évaluent la fragilité financière des AE qui demande des financements durant la période d’expansion, il est utile d’analyser l’effet que génère les bulles spéculatives sur les bilans des AE. Travaillons sur le bilan d’un AE fictif. Il détient un bien immobilier partiellement financé par le recours à l’endettement et quelques actifs financiers de telle sorte que son bilan se présente comme suit :

Actif Passif
Maison : 200 000 €

Valeurs mobilières (actions) : 50 000€

Fonds propres : 150 000 €

Dette : 100 000 €

La conjoncture favorable dope le marché de l’immobilier (hausse des prix de 50 %) et celui des actions (prix des actions multiplié par deux). Son bilan est désormais le suivant :

Actif Passif
Maison : 300 000 €

Valeurs mobilières (actions) : 100 000€

Fonds propres : 300 000 €

Dette : 100 000 €

Ses ressources s’élèvent désormais à 400 000 € parce que le bien immobilier s’est apprécié tout comme les valeurs mobilières. Cette valorisation de ces deux formes d’actifs fait qu’il est désormais à la tête de 300 000 € de fonds propres, soit deux fois plus qu’auparavant, pour une dette qui n’a pas changé. Aussi, s’il demande un crédit à une banque, cette dernière va lui prêter facilement parce qu’elle estime que la valeur des collatéraux (bien immobilier et valeurs mobilières) rendent ce prêt particulièrement peu risqué. Elle lui prête donc 400 000 euros pour acheter deux appartements que l’AE compte proposer à la location. Son bilan devient :

Actif Passif
Maison : 300 000 €

Deux appartements : 400 000 €

Valeurs mobilières (actions) : 100 000€

Fonds propres : 300 000 €

Dette : 500 000 €

La valeur de son bilan monte à 800 000 € (300 000 euros de fonds propres et 500 000 € de dette). La qualité de son bilan s’est fortement dégradée avec une dette qui atteint 63 % de ses ressources. Mais dans la réalité la dégradation du bilan est bien plus forte parce que les prix de l’immobilier son surévalués de 25 % (bulle immobilière) et celle des actions de 40 % (bulle boursière). Quand la conjoncture se retourne, le prix de l’immobilier chute fortement (baisse de 33 %) et celui des actions est divisé par deux. Son bilan devient alors :

Actif Passif
Maison : 200 000 €

Deux appartements : 264 000 €

Valeurs mobilières (actions) : 50 000€

Fonds propres : 14 000 €

Dette : 500 000 €

Le dégonflement de la bulle engendre une forte dévalorisation des valeurs immobilières et mobilières qui réduit presque à néant les fonds propres de l’AE. Il a désormais un bilan très fragile puisque ce dernier comporte à peine 3 % de fonds propres et 97 % de dette. Imaginons que la crise économique génère du chômage qui affecte les locataires des deux appartements. Ces derniers peinent à payer leur loyer, demande un report et finalement au bout de cinq à six mois annoncent qu’ils sont dans l’incapacité de payer les mensualités. L’AE a perdu les loyers non payés, il ne parvient pas à louer les deux appartements et doit se résoudre à les vendre. Le problème c’est que le marché est très peu dynamique et il ne trouve pas d’acheteurs. Il en va de même pour trouver des acquéreurs pour sa maison ou pour ses valeurs mobilières. Il se retrouve alors à très court terme dans l’incapacité de rembourser ses prêts. Il fait défaut.

A travers cet exemple fictif, on voit bien que la fragilité financière de l’AE, qui le conduit au défaut, s’est constituée au moment de l’expansion quand la forte valorisation de ces actifs (fictive sur le long terme parce que spéculative) lui a permis de fortement s’endetter : c’est le « paradoxe de la tranquillité ».

Un bonne copie d’ESH à l’épreuve de l’ESCP 2018

L’an dernier, le sujet d’ESH de l’ESCP renvoyait principalement au programme de 1ère année. Il s’intitulait : « Doit-on considérer que la désindustrialisation constitue un processus inéluctable dans un pays développé ? ».

Après la copie de Thomas Bernard, voici celle d’Audrey Glass, qui cube cette année. Elle a obtenu 18/20. Si vous désirez quelques conseils, Audrey m’a fait savoir qu’elle était tout à fait disposer à vous aider. Il vous suffit d’aller la rencontrer dans la salle C10 où elle travaille souvent ou bien de me demander son adresse mail.

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Comment un choc exogène génère-t-il des fluctuations économiques ? (Faire le point sur le cours d’ESH du jeudi 13 décembre 2018)

Voici le faire le point de ce jour : Faire-le-point-ESH-13-12-18 et un retour sur le modèle impulsion-propagation.

Une offre globale de court terme sensible au NGP : le vecteur des fluctuations économiques

Dire que la monnaie est active signifie que la création monétaire et donc le NGP a une incidence sur le niveau d’activité. La courbe d’offre globale a donc une pente positive.

Par exemple, une relance monétaire permet dans un premier temps de stimuler l’activité économique (expansion). Mais dans un second temps, les forces équilibrantes du marché ramènent l’économie vers sa situation d’équilibre, à savoir le niveau de produit défini par OGLT (récession).

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On peut prendre l’exemple inverse d’un choc de demande négatif qui se traduit dans un premier temps par un ralentissement de l’activité économique (récession : passage de a à b). Mais dans un second temps, les forces équilibrantes du marché ramènent l’économie vers sa situation d’équilibre, à savoir le niveau de produit défini par OGLT (expansion : passage de b à c).

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Dans les deux cas, on a un choc (une impulsion = un choc de demande positif dans le 1ercas, négatif dans le second) qui se propage dans l’économie et fait dévier la croissance observée de son niveau d’équilibre : on a donc des variations conjoncturelles du niveau d’activité qui sont engendrées par la propagation du choc. Mais quelles sont les forces de propagation d’un choc ? Pourquoi le choc n’est-il pas directement absorbé par les forces équilibrantes du marché ? Il y a deux types de réponse à cette question : celle des monétaristes et celle des keynésiens.

Pour les monétaristes, la transformation du choc en fluctuations s’explique par l’illusion monétaire des AE.

Prenons l’exemple d’un choc de demande positif se traduit par une hausse du NGP. Les AE évaluent mal l’inflation, ils n’exigent pas de hausse de salaire nominal, leur salaire réel baisse, les coûts salariaux de l’entreprise diminuent, cette dernière est incitée à augmenter sa production, l’activité économique est relancée (EXPANSION). Mais arrivent un moment où les AE prennent conscience de la hausse du NGP (fin de l’illusion monétaire). Ils exigent un rattrapage salarial ce qui fait augmenter les coûts de production des entreprises et ralentit la croissance économique (RECESSION).

Pour les keynésiens la transformation du choc en fluctuations s’explique par la rigidité/viscosité des salaires.

Pour Keynes, les salaires nominaux s’ajustent à la hausse lentement (parce que salariés et employeur ne négocient pas en permanence les salaires) et sont rigides à la baisse (parce que les salariés s’opposent à la baisse de leurs salaires nominaux). C’est cette rigidité des salaires qui va faire que le choc se propage dans l’économie en générant des fluctuations.

Prenons l’exemple d’un choc de demande négatif. La baisse du NGP augmente les salaires réels ce qui incite les entreprises à moins produire et à moins embaucher (Récession). Comme les salariés ont tendance à s’opposer à la baisse de leur salaire nominal, le retour vers l’équilibre (à travers la baisse des salaires nominaux) sera très long et l’économie restera longtemps enfermée dans une situation de chômage et de récession avant de connaître une expansion qui la ramènera vers l’équilibre (C’est pourquoi Keynes disait que « à long terme nous sommes tous morts »). Les keynésiens proposent donc une intervention conjoncturelle des pouvoir publics (politique monétaire et/ou budgétaire expansionniste) pour ramener plus rapidement l’économie à son potentiel de croissance (et surtout à un coût social plus acceptable).

Il a beaucoup été reprochés aux keynésiens de ne pas justifier pourquoi les salaires étaient rigides. C’est à cette tâche que vont s’atteler les nouveaux keynésiens en se basant sur les concepts d’asymétrie d’information et d’anticipations rationnelles. Il existe une asymétrie d’information fondamentale entre les salariés et leurs employeurs : les salariés en savent plus sur ce qu’ils font durant leur journée de travail que leurs employeurs. Aussi, les salariés peuvent exploiter de manière opportuniste cette asymétrie d’information pour ne pas s’investir pleinement dans leur travail (aller sur les réseaux sociaux, faire ses courses en ligne, passer beaucoup de temps à la machine à café, etc.), ce qui affecte négativement leur productivité. Pour faire face à ce problème, les employeurs peuvent procéder à une surveillance en continu de leurs salariés mais cette solution coûte très cher et n’est pas favorable à la cohésion et à la coopération absolument nécessaire à la bonne performance de l’entreprise. Les nouveaux keynésiens vont montrer que les employeurs ont rationnellement intérêt à adopter une autre solution pour faire face à ce problème posé par les asymétries d’information : ils vont rémunérer les salariés au-dessus du salaire de marché pour stimuler leur productivité (salaires d’efficience qui permettent d’éviter les comportements opportunistes) ou leur proposer un salaire fixe/stable et élevé quelle que soit la position dans le cycle économique en échange d’un fort investissement professionnel des salariés (théorie des contrats implicites). Dans ces conditions, les entreprises n’ont rationnellement aucun intérêt à baisser les salaires nominaux lorsqu’un choc de demande négatif se déclare. Par conséquent, les salaires réels augmentent ce qui accroît les coûts de production et désincitent les entreprises à produire et à embaucher davantage. Cela engendre une récession qui mettra beaucoup de temps à se dissiper parce qu’il est difficile de faire baisser les salaires nominaux. Tout comme chez Keynes, cela justifie une intervention conjoncturelle de l’Etat pour ramener plus rapidement l’économie vers l’équilibre de long terme.