Le revenu minimum d’existence suscite l’intérêt d’hommes politiques de bord très différents (pour des raisons bien évidemment très différentes; c’est pour cela qu’il faut prendre un peu de temps pour analyser ce qui est en jeu dans les différentes propositions); je vous renvoie au sujet que j’ai posté sur ce thème il y a quelques jours.

Une remarque d’importance : ce que Sirugue appelle le revenu minimum d’existence est en fait une simplification des aides sociales existantes avec un élargissement aux moins de 25 ans pour l’accès au RSA. Cela reste donc une aide sociale destinée aux plus pauvres, et ce n’est pas un revenu minimum de base pour tous (ou revenu minimum universel). L’objectif ici est de lutter contre la précarité (notamment chez les moins de 25 ans). On y accède donc sous condition de ressources. Utiliser le terme de revenu minimum d’existence au sujet de cette mesure est donc assez « tiré par les cheveux ».

Voici la présentation d’un député PS, Christophe  Sirugue

http://www.liberation.fr/france/2016/04/17/minima-sociaux-ce-n-est-pas-de-l-assistanat-mais-de-l-investissement_1446793

Le député PS de Saône-et-Loire et ancien maire de Chalon-sur-Saône Christophe Sirugue propose une restructuration des aides.

Pourquoi vouloir, aujourd’hui, réformer les minima sociaux ?

Parce qu’il existe un réel besoin de lisibilité de nos dispositifs, de plus d’équité, et de favoriser l’accès aux droits sociaux. Il est essentiel de remettre de la cohérence dans un système où, parfois, à ressources équivalentes, on constate des situations très différentes.

Quelles sont vos pistes ?

Je propose tout d’abord de supprimer la barrière d’âge pour les jeunes. Que toute personne puisse, dès ses 18 ans, bénéficier de ces allocations sans attendre ses 25 ans. Ensuite, je soumets au gouvernement trois scénarios possibles. Le premier est le maintien des dispositifs existants, corrigés dans leurs paramètres, en allongeant par exemple certaines durées selon les allocations. Le deuxième propose de fusionner plusieurs dispositifs pour n’en garder que cinq : un RSA conforté, l’allocation de solidarité spécifique (ASS), verrait son montant augmenté mais sa durée limitée à deux ans, l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) serait regroupée avec celle pour les adultes handicapés (AAH). On ne toucherait ni à l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) ni à celle destinée aux demandeurs d’asile. Enfin, la troisième piste – celle que je recommande – propose de fusionner tous les minima sociaux dans une couverture-socle avec deux compléments : une personne âgée de plus de 18 ans en situation de précarité bénéficierait ainsi d’une allocation de 400 euros, complétée selon si c’est une personne âgée et/ou en situation de handicap, ou qu’elle se trouve en situation d’insertion professionnelle. Cette solution apporte plus de clarté, de cohérence et d’égalité.

C’est l’idée d’un revenu minimum d’existence ?

En quelque sorte. Tout le monde aurait ainsi une couverture-socle commune et une aide pour s’en sortir. On ne peut pas traiter la question des minima sociaux sans aborder la question de l’insertion, malheureusement mise à mal ces dernières années. Pour que les départements poursuivent leurs politiques d’insertion, je préconise une recentralisation du RSA à 80% [non à 100% comme laissé entendre par le gouvernement, ndlr], l’obligation d’une certaine proportion de crédits destinés à l’insertion et je formule l’idée d’un droit opposable à l’accompagnement.

Ne craignez-vous pas d’être attaqué par l’opposition qui, dès qu’on parle «allocations», répond «assistanat» ?

On entend cet argument depuis vingt ans… Pour quel résultat ? Aujourd’hui, des personnes se retrouvent totalement exclues, en situation d’extrême précarité et personne n’a apporté la preuve que l’économie, toute seule, était capable de surmonter ces difficultés sociales. Ce discours convenu de la droite ne correspond pas à la réalité, notamment chez les plus jeunes dont l’obtention d’un diplôme, lorsqu’il y a une situation de rupture familiale, n’est plus une garantie contre la précarité.

Supprimer la barrière d’âge de 25 ans pour la ramener à 18 ans, cela risque de coûter cher, non ?

De l’ordre de 3,5 milliards d’euros. C’est pour cela que je ne demande pas à ce que ces mesures s’appliquent au 1er janvier 2017. Il faut d’abord étudier les choses. Mais c’est aujourd’hui indispensable : acceptons à gauche de dire qu’empêcher de voir un jeune commencer sa vie dans la précarité, ce n’est pas de l’assistanat mais de l’investissement.

Par Lilian Alemagna 17 avril 2016

 

Publicités