Cet article du Figaro revient sur un élément abordé en début d’année: le ralentissement de la dynamique d’intégration économique mondiale. Il est intéressant car il cite l’actuel directeur général de l’OMC qui évoque les craintes d’un retour au protectionnisme. Malheureusement, cet article ne rentre pas dans les détails de ce recul et passe à côté d’une chose importante. Bien sûr, chaque ralentissement de la croissance économique se traduit par une surréaction du commerce international qui fléchit davantage, mais là n’est pas la cause essentielle de recul de l’intégration commerciale. Nous l’avons vu en cours: ce qui casse la dynamique c’est l’arrêt de l’intégration des systèmes productifs (la DIPP). Plus précisément :  la DIPP ne recule mais elle cesse de s’approfondir. Les échanges commerciaux (essentiellement de biens intermédiaires), qui en découlent, connaissent donc une croissance plus faible. Deux éléments explicatifs de cette situation : a) la DIPP arrive à un tel stade qu’elle ne peut plus progresser; 2) la baisse de l’avantage comparatif des industries chinoises (hausse du coût relatif du travail en Chine) qui produit une relocalisation géographique de la DIPP vers d’autres pays (Turquie, Vietnam) et une régionalisation des échanges.

Coup de frein sur le commerce mondial

Vue des conteneurs sur le port de Singapour. L'Asie subit une forte baisse des exportations cette année.

Selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les échanges mondiaux ne progresseront cette année que de 1,7%. Un niveau inférieur à la croissance et le plus faible depuis la crise financière.

Le panorama économique mondial ne cesse de s’assombrir avec un net coup de frein sur les échanges commerciaux. Après le FMI, la Banque mondiale ou encore l’OCDE qui ont successivement et à plusieurs reprises revu en baisse leurs prévisions de croissance, l’alerte vient cette fois de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Selon ses dernières estimations, publiées ce mardi, le commerce mondial ne devrait progresser cette année que de 1,7%. Son niveau le plus faible depuis la crise financière de 2008! Alors même qu’en avril, l’OMC prédisait encore 2,8%. Surtout, les échanges progressent moins vite que la croissance mondiale, prévue en hausse de 2,2%. Avant la crise, le rapport était inverse, le commerce progressait plus vite que le PIB mondial. La tendance est aussi moins positive pour 2017: l’OMC annonce désormais une fourchette entre 1,8% et 3,1% contre 3,6% précédemment.

Dégringolade des exportations asiatiques

Cette forte révision tient à une contre-performance des échanges sur la première partie de l’année: avec une baisse de 1,1% au premier trimestre et une timide reprise entre avril et juin (+0,3%). Cette contraction, précise le rapport, est due au ralentissement de la croissance du PIB et du commerce dans les économies en développement telles que la Chine et le Brésil, mais aussi en Amérique du Nord.

Ainsi, le rythme de progression des exportations des pays émergents diminue de plus de moitié entre 2015 et 2016, passant de +3,2% à +1,2%. La dégringolade est encore plus spectaculaire pour l’Asie: de +3,1 à +0,3%, effet collatéral de la baisse de régime en Chine. L’Amérique latine tire son épingle du jeu, enregistrant une nette progression de ses exportations (+4,4%), qui vient compenser le mauvais cycle des dernières années.

Sur le front des importations, la baisse est significative dans les économies développées, particulièrement en Amérique du Nord: de +6,5% à 1,9% entre 2015 et 2016.

Hostilité croissante à la mondialisation

Le directeur général, Roberto Azevêdo, a fait part de son inquiétude: «Le ralentissement impressionnant de la croissance du commerce est grave et devrait servir de sonnette d’alarme. Il est particulièrement inquiétant vu l’hostilité croissante à l’égard de la mondialisation. Nous devons faire en sorte que cela ne se traduise pas par des politiques inconsidérées qui risqueraient d’aggraver encore plus la situation, sous l’angle du commerce et dans la perspective des créations d’emploi et de la croissance».

Des indicateurs avancés plus positifs – progression du trafic des ports à conteneurs, augmentation des commandes d’export aux États-Unis, augurent une fin d’année plus positive pour le commerce mondial. Mais l’OMC ne manque pas de rappeler les risques, en particulier la volatilité financière et les effets potentiels du Brexit.

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