J’ai signalé un article du Figaro paru aujourd’hui sur le recule de l’intégration commerciale mondiale. Je pointais du doigt le manque d’explications données par l’article. Celui-ci va un peu plus loin et s’appuie sur les éléments fournis par le FMI et l’OMC, qui distinguent le choc de demande négatif produit par 2008, la fin de la dynamique de découpage de la chaîne de valeur, mais qui insistent aussi sur la panne des accords commerciaux. dernier argument utile, en lien avec le cours.

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/09/27/20002-20160927ARTFIG00208-la-mondialisation-des-echanges-commerciaux-est-a-bout-de-souffle-selon-le-fmi-et-l-omc.php

La mondialisation des échanges commerciaux est à bout de souffle, selon le FMI et l’OMC

Des containers dans le Port de Yanshan à Shanghai

Le commerce international de marchandises et de services progresse désormais moins vite que la production mondiale elle-même. Le signe manifeste d’un repli sur soi qui affecte la majorité des 189 pays de la planète.

Ce n’est évidemment pas une coïncidence, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale ont lancé ce même mardi 27 septembre, certes séparément mais pratiquement à la même heure, une sonnette d’alarme sur le ralentissement spectaculaire du commerce international. L’OMC s’inquiète de constater que les échanges mondiaux ne devraient progresser que de 1,7% (en volume) cette année, le score le plus médiocre depuis 2009, l’année de la «grande récession» mondiale où le commerce international avait reculé de façon absolue.

Plus encore que «le ralentissement impressionnant» du commerce en tant que tel, le phénomène marquant est que les échanges internationaux augmentent désormais légèrement moins vite que la production elle-même des 189 économies nationales. «Depuis 2012 la croissance des échanges internationaux de biens et services est médiocre autour de 3% l’an, deux fois moins que pendant les trois décennies précédentes.», note le FMI, avant de marteler cette vérité dérangeante: «entre 1985 et 2007, le commerce mondial avait augmenté en moyenne deux fois plus vite que la production mondiale, alors que depuis quatre ans il a tout juste maintenu le rythme».

Il s’agit à l’évidence d’un changement de cap historique. Si la prévision de l’OMC pour l’année 2016 devait se confirmer, le commerce mondial progresserait cette année moins vite que le PIB mondial (respectivement de 1,7% pour le premier et entre 2,2% et 2,9% selon les prévisionnistes pour le second). Ce serait bel et bien l’amorce d’une démondialisation stricto sensu. Car par définition, la mondialisation des échanges signifie que les pays commercent de plus en plus entre eux et que leurs échanges mutuels augmentent plus rapidement que leurs productions nationales respectives. L’image caricaturale de ce phénomène, est le pot de yaourt parcourant plusieurs milliers de kilomètres entre le pis de la vache et le petit-déjeuner du consommateur, du fait des provenances géographiques multiples de ses ingrédients et de ses emballages.

Trois types d’explications

La mondialisation, qui n’est que la forme moderne de la division internationale du travail poussée à l’extrême , aurait-elle atteint ses limites? Le FMI avance trois types d’explications à la baisse de régime du commerce: le ralentissement de la croissance économique mondiale, le coup d’arrêt dans les accords de libéralisation (et bien avant qu’on ne parle d’un «gel» des négociations du «traité de partenariat transatlantique»), et «last but not least» , l’arrivée à maturité des chaînes internationales de production qui auraient épuisé leurs avantages.

Selon leurs savants calculs, les experts du FMI estiment que le ralentissement de la croissance économique depuis 2012, et après le rattrapage temporaire de 2010 et 2011 consécutif à «la grande récession», explique à lui seul «environ les trois quarts du ralentissement dramatique du commerce». Ils en prennent pour preuve que ce sont les produits d’investissements des entreprises, et accessoirement les biens durables des ménages comme l’automobile, dont les échanges ont le plus freiné. Ils constatent que le mouvement affecte 143 pays sur les 171 passés sous revue, ce qui englobe à la fois la Chine, le Brésil ou la zone euro, entre autres.

En clair les raisons seraient d’abord de nature conjoncturelle. Il faut dire que la période 2012 -2016 aura été particulièrement instable, avec en particulier l’effondrement des cours du pétrole et des matières premières. Le FMI note que cette chute des prix des produits de base a entraîné une contraction de 10,5% en 2015 de l’ensemble du commerce international en valeur, tous produits confondus. Il en est résulté des pertes de pouvoir d’achat considérables pour de nombreux pays et des milliards de consommateurs, et donc une réorientation de la demande aux dépens des biens durables devenus inaccessibles pour beaucoup. À quoi s’ajoutent les déséquilibres commerciaux nationaux (les surplus des uns et les déficits des autres) qui constituent également un frein aux échanges.

La deuxième explication découle du climat général devenu plus protectionniste avec la moindre croissance mondiale. Le FMI note par exemple que dans les années 1990 il se signait annuellement en moyenne 30 accords de libération commerciale entre pays. Contre à peine 10 accords chaque année depuis 2011.

La troisième raison du coup de frein au commerce tient aux «supply chains», les chaînes transfrontalières de production. L’exemple emblématique à cet égard est celui d’Apple – même si le FMI ne le cite pas dans son étude – dont la production est éclatée entre des dizaines de pays. Or ce phénomène qui s’est développé à très grande vitesse, notamment après l’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001, a aujourd’hui atteint son rythme de croisière. La tendance générale, notamment dans les pays émergents, serait au contraire d’élargir le plus possible sa filière de production nationale. De même la chute des coûts internationaux dans les télécommunications notamment qui avait tant contribué aux échanges, aurait recontre elle-aussi ses limites.

Curieusement les économistes du FMI n’évoquent pratiquement pas l’économie numérique qui tend à dématérialiser de plus en plus les services et même les produits. Or les statisticiens et les comptables en mesurent à ce jour encore très mal les conséquences réelles dans les échanges commerciaux.

«Les raisons de la faiblesse du commerce international ne sont pas encore clairement comprises», avouent avec une humilité qui est en leur honneur les experts internationaux. Ils n’en regrettent pas moins cette tendance à moins commercer entre pays. Car le FMI et l’OMC demeurent des défenseurs farouches du libre-échange, vecteur de progrès collectif inestimable selon eux. «Par exemple, les entreprises peuvent accéder à des composants (inputs) de meilleure qualité grâce au commerce, tout comme elles peuvent mieux apprendre les nouvelles technologies et les processus de fabrication les plus performants auprès des marchés étrangers».

Tout en admettant qu’il «y a des gagnants et des perdants à la mondialisation» et qu’il convient d’instaurer «des filets de protection sociale suffisamment larges» , le FMI se considère comme l’un de ses plus ardents partisans. Reste que si l’on s’en tient à une définition chiffrée et précise de la mondialisation des échanges, celle-ci semble aujourd’hui traverser un trou d’air.

Publicités