Un article du Monde d’aujourd’hui en lien avec les khôlles 2 et 3 :

http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2016/10/04/la-france-cesse-de-perdre-ses-usines_5007593_1656994.html#xtor=AL-32280270

Intéressant car il utilise un autre indicateur de « désindustrialisation » le solde entre les créations et les destructions d’usines en France. Intéressant également car il montre que la modernisation et la montée en gamme ne signifient pas « plus d’emplois industriels »: lorsque les usines sont automatisées, le PT s’accompagne d’une disparition des emplois les moins qualifiés. Donc plus d’usines ne signifie pas plus d’emplois industriels. De manière plus générale, cet article n’aborde pas assez les transformations des activités industrielles et les limites des outils statistiques utilisés par l’Insee. Il en reste à une approche traditionnelle de l’activité industrielle.

La France cesse de perdre ses usines

Le Monde | 04.10.2016 à 00h15 • Mis à jour le 04.10.2016 à 06h45 | Par Denis Cosnard

L’usine Scop-Ti, à Gémenos, dans les Bouches-du-Rhône.

Pas de champagne, c’est interdit sur le site. Mais du jus d’orange, des petits fours, quelques discours et, bien sûr, un ruban à couper par monsieur le maire. Les dirigeants d’Amoéba ont invité 600 personnes et prévu une jolie fête, mardi 4 octobre, pour inaugurer leur première usine, à Chassieu (Rhône). « C’est la preuve qu’on peut partir d’un brevet lyonnais et arriver quatre ans et demi plus tard à un vrai site industriel », se félicite Fabrice Plasson, président et cofondateur d’Amoéba.

Après la phase du laboratoire puis celle du pilote industriel, la jeune société produira désormais sur place, à grande échelle, une amibe capable d’éliminer le risque bactérien dans l’eau. La première application, la lutte contre la légionelle dans les tours aéroréfrigérantes, représente un marché évalué à 1,7 milliard d’euros au niveau mondial. « Après Chassieu, nous allons ouvrir un site à Montréal et sans doute un deuxième en Europe », prévoit M. Plasson. En bourse, la start-up de 46 personnes vaut déjà 194 millions d’euros…

En France, il n’y a pas que de vieilles cathédrales industrielles menacées de fermeture. Au moment précis où les pouvoirs publics tentent de sauver l’usine Alstom de Belfort en mobilisant la SNCF, le décollage d’Amoéba montre que le tissu économique tricolore se régénère, malgré toutes les difficultés.

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Une rupture avec les années précédentes

Depuis six mois, les annonces d’ouvertures de sites industriels dans l’Hexagone dépassent même les fermetures. C’est ce qu’indiquent les données publiées mardi par l’Observatoire Trendeo de l’emploi et de l’investissement. Le cabinet a recensé 82 créations annoncées au cours des deuxième et troisième trimestres, contre 75 fermetures.

L’écart est faible, mais il marque une rupture. Depuis des années, la crise se traduisait en effet par la disparition de bien plus d’usines qu’il n’en sortait de terre dans le même temps. « C’est la première fois depuis 2009 que le solde est positif plus d’un trimestre », souligne David Cousquer, le fondateur de Trendeo.

Des exemples ? ID Logistics a inauguré à la fin du mois de septembre une nouvelle plate-forme logistique à Saint-Mard (Seine-et-Marne) pour son client CDiscount. Quelques jours plus tard, Synutra dévoilait à Carhaix (Finistère) sa toute nouvelle usine de poudre de lait, qui devrait faire travailler jusqu’à 350 personnes pour satisfaire la demande chinoise. Fin octobre, ce sera au tour de Lisi d’accueillir ses invités à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), après de longs mois de travaux. Puis viendra, à la fin du mois de novembre, le tour de Cofel-Pikolin : à Criquebeuf-sur-Seine (Eure), l’industriel espagnol détenteur des marques Epeda, Bultex et Merinos met la dernière main à une unité de production et de distribution de literie.

D’autres projets se dessinent à l’horizon. Le belge Tessenderlo a commencé mi-septembre les travaux de sa future usine d’engrais de Grand-Quevilly (Seine-Maritime). La première unité d’engrais construite en France depuis vingt ans ! Quant à Global Bioenergies, il compte produire bientôt du plastique et des carburants à partir de plantes comme la betterave ou la canne à sucre. Un investissement de 100 millions à 120 millions d’euros. Le chantier, monté avec Cristal Union, n’est pas encore formellement lancé. Mais Technip et IPSB viennent d’être désignés pour dessiner les plans de l’usine, et l’implantation définitive, à Pomacle-Bazancourt (Marne) ou Arcis-sur-Aube (Aube), devrait être choisie sous peu. Une fois les financements réunis, le top départ de la construction sera en principe donné en 2017.

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« Six cent cinq usines perdues depuis 2009 »

Ce coup d’arrêt à la désindustrialisation s’explique. Les années qui ont suivi la grande crise de 2008-2009 ont provoqué une purge dans l’industrie bleu-blanc-rouge. Près de 1 900 sites souvent anciens, voire vétustes, ont été rayés de la carte. Les ouvertures de sites se sont, elles, raréfiées. Faute de marché, les chefs d’entreprise préféraient consacrer leurs investissements à améliorer la productivité des usines actuelles.

A présent, les entreprises ont en partie restauré leurs marges grâce à la chute des prix du pétrole et au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), et les patrons relancent des projets. Le mouvement reste toutefois timide. Au rythme des six derniers mois, « il faudrait vingt et un ans pour remplacer les six cent cinq usines perdues depuis 2009 », calcule M. Cousquer.

D’autant que les nouveaux sites emploient en moyenne 40 % moins de personnel que ceux qui ferment. A Chassieu, l’unité d’Amoéba tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, avec seulement… huit techniciens. Le week-end, la nuit, l’usine hyperautomatisée fonctionne sans présence humaine. Tout est géré à distance. « C’est une réalité qu’il faut connaître quand on parle de réindustrialisation, souligne le président d’Amoéba. Les grandes usines de deux cents ou deux mille salariés, il faut les oublier… »

 

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