Le grand retour du débat sur les dettes

En matière de dettes, certains sont convaincus que le pire est derrière nous. Après tout, soulignent-ils, l’interminable baisse des taux enregistrée entre 2013 et 2016 a soulagé les finances publiques en zone euro. Les rachats de dettes lancés en mars 2015 par la Banque centrale européenne (BCE) ont mis les Etats les plus fragiles à l’abri des spéculateurs. Et la crise des dettes souveraines de 2012 n’est plus qu’un mauvais souvenir, puisque, depuis, la zone euro a renforcé ses institutions.

C’est oublier qu’en économie rien n’est jamais acquis. Depuis quelques semaines, les taux d’intérêt français, italiens ou espagnols remontent, emportés par la hausse des taux américains. Mais aussi parce que les investisseurs s’inquiètent du calendrier électoral européen. Certains redoutent déjà qu’une victoire du Front national à l’élection présidentielle française n’aboutisse à l’explosion de la zone euro.

Plusieurs points de vue
Mais ce n’est pas tout. Les marchés commencent également à comprendre que les rachats de dettes de la BCE (le quantitative easing en anglais, ou QE) ne seront pas éternels. L’institution va en réduire le volume de 80 milliards à 60 milliards d’euros mensuels dès avril. En 2018, elle devrait, peu à peu, y mettre un terme. Privés du QE, les pays membres devraient voir leurs taux augmenter encore un peu. Si la croissance est elle aussi au rendez-vous, les conséquences seront limitées. Mais certains Etats seront moins bien armés que d’autres pour faire face. A commencer par l’Italie, la Grèce ou le Portugal. Et peut-être bien la France.

Dans ces conditions, le débat sur le traitement des dettes publiques en zone euro, qui était passé au second plan ces derniers mois, risque de ressurgir. Car la question qu’il soulève est toujours là : que faire si la dette d’un ou de plusieurs pays membres se révèle insoutenable ?

Plusieurs points de vue s’affrontent sur le sujet. La ligne dure, défendue par une partie des économistes allemands, affirme qu’il vaut mieux laisser les pays en difficulté faire faillite. Radical – mais cela inciterait les autres à mieux tenir leurs finances publiques. Les tenants de la ligne fédéraliste estiment que l’argument ne tient pas la route. Selon eux, la zone euro n’est pas viable à long terme si elle ne construit pas une forme de solidarité en la matière. Par exemple, en lançant des euro-obligations, c’est-à-dire des titres de dette émis en commun. Mais Berlin ne veut pas en entendre parler, redoutant que des gouvernements en profitent pour ne plus faire d’efforts.

D’autres économistes suggèrent plutôt d’instaurer un fonds européen qui reprendrait à sa charge une partie de la dette des pays les plus fragiles, afin de la liquider doucement, un peu comme les  » banques poubelles  » créées pendant la crise pour assainir le système bancaire. D’autres, encore, jugent qu’il vaut mieux lancer des euro-obligations uniquement pour financer les grands projets européens d’infrastructure.

Dans tous les cas, une chose est sûre : les dirigeants européens n’auront guère le choix. Passé les élections françaises et allemandes, ils seront contraints de rouvrir, d’une façon ou d’une autre, le douloureux débat sur les dettes…

Marie Charrel

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