L’amer souvenir de la dévaluation de 1982

La dévaluation, arme choc pour relancer la compétitivité ? Oui, lorsqu’elle s’accompagne d’une politique industrielle adaptée. Mais bien souvent, lorsque la chute d’une devise est considérable et subie, ce sont surtout les ménages qui en paient le prix. Il suffit de se pencher sur l’histoire de la France pour mesurer à quel point la dévaluation est à double tranchant. Mais surtout – et le souligner n’est pas prôner la rigueur – pour constater que les promesses économiques les plus -séduisantes ne fonctionnent que lorsqu’elles prennent en considération l’environnement extérieur du pays.

Quand il arrive au pouvoir en 1981, le socialiste François Mitterrand hérite d’une situation économique délicate. La France compte plus de 2 millions de chômeurs et le taux d’inflation dépasse les 13 %. Le gouvernement applique alors son programme de relance keynésienne : hausse de 10 % du smic, revalorisation de 25 % des allocations familiales, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés…

Très vite, le ministre des finances, Jacques Delors, s’inquiète. Les capitaux fuient le pays. Le franc, qui fait alors partie du système monétaire européen (SME), ce mécanisme encadrant la fluctuation des monnaies européennes autour d’un cours pivot appelé l’ECU (pour  » European Currency Unit « ), est attaqué. Pour calmer la spéculation, la devise française est dévaluée une première fois de 3 % en octobre 1981.

Prix et salaires bloqués
Cela ne suffit pas. Les caisses de l’Etat ont été vidées par la nationalisation des banques. Grâce à la hausse du smic, la consommation est d’abord dopée. Mais cela profite surtout aux importations, car les entreprises françaises peinent à répondre à l’ensemble de la demande, notamment en matière de biens de consommation (magnétoscopes, téléviseurs, etc.). Résultat : le déficit de la balance courante (le solde des échanges des biens, services et paiements divers) se creuse de 0,6 % à 2,1 % du produit intérieur brut (PIB) entre 1980 et 1982. Ce qui augmente les pressions baissières sur le franc. Pour maintenir celui-ci dans le SME, la France puise dans ses réserves de change, qui fondent à toute vitesse.

Le gouvernement a alors le choix : sortir du SME ou négocier avec ses partenaires afin d’obtenir de l’aide. Mitterrand opte pour la seconde option : en juin 1982, le franc est dévalué de 5,75 % tandis que le deutschemark est réévalué de 4,5 %.

L’inflation grignote le pouvoir d’achat des ménages : celui de leur revenu disponible augmente de 1,8 % au premier trimestre 1981, puis chute de 0,3 % entre 1981 et 1983. Pour redresser la barre, le gouvernement se résout à des plans d’économies en 1982 puis 1983. C’est le tournant de la rigueur. Le déficit public est limité à 3 % du PIB. Les dépenses publiques sont réduites, les impôts augmentent, les tarifs EDF-GDF sont relevés, un contrôle des capitaux est établi.

Dans le même temps, un carnet de change aux devises limité à 2 000 francs pour chaque personne souhaitant se rendre à l’étranger est instauré. Les prix et les salaires sont bloqués. Le 6 avril 1982, un emprunt forcé est imposé aux foyers payant plus de 5 000 francs d’impôt. Quatorze milliards de francs sont ainsi levés.

M.C.

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