Le repli protectionniste de Trump pénaliserait surtout l’Amérique

Les économistes estiment que la production américaine ne peut que partiellement se substituer aux importations
Donald Trump maintient son cap protectionniste. Dans les mots en tout cas.  » Quand nous expédions des produits hors d’Amérique, de nombreux pays nous font payer des droits de douane et des taxes très élevés « , a protesté le président américain devant le Congrès, mardi 28 février. Pourtant, a-t-il poursuivi,  » quand des entreprises étrangères envoient leurs produits en Amérique, nous ne leur faisons presque rien payer « .

Les véritables contours d’un nouveau jeu commercial tel qu’annoncé par le virulent promoteur de l' » America First  » restent flous mais ses possibles répercussions continuent d’inquiéter. Et pour cause : l’interdépendance des économies est telle qu’une recrudescence d’escarmouches commerciales ne pourrait qu’affecter la croissance mondiale.

Dans le cas d’une taxe à la frontière ou de tout autre agression, l’Union européenne a promis qu’elle se tiendrait prête à riposter.  » Mais heureusement pour l’Europe, le commerce y est majoritairement intra-régional, ce qui est un facteur de résilience et de sécurité, souligne Julien Marcilly, chef économiste de l’assureur-crédit Coface. In fine, ce sont les pays les plus ouverts au commerce qui souffriraient le plus d’un repli.  »

L’économiste se fonde sur le poids des exportations vers les Etats-Unis rapporté au PIB. A cette aune, le monde émergent est en première ligne. Le Mexique (24,4 %), le Vietnam (22,7 %) ou la Thaïlande (10,8 %) figurent parmi les plus vulnérables tant est grande leur dépendance vis-à-vis du marché américain.

Dommages collatéraux
Dans sa dernière enquête sur la perception des risques mondiaux menée auprès de ses clients – parmi lesquels une série de multinationales et d’organisations internationales –, le cabinet d’études Oxford Economics relève qu' » une guerre commerciale déclenchée par Trump est vue comme le principal risque baissier pour l’économie mondiale à moyen terme par près de la moitié des sondés – 45 % contre 27 % dans la dernière enquête -« . Un sentiment qui menace de peser sur la confiance des entreprises et donc l’investissement.

L’éclatement des chaînes de production à travers le monde renforce le risque de dommages collatéraux.  » Les exportateurs asiatiques tels que le Japon, la Corée du Sud et Taïwan sont les plus exposés à un impact de droits de douane contre la Chine et le Mexique « , a estimé Jeremy Leonard d’Oxford Economics, dans une note consacrée aux deux cibles favorites de M. Trump. L’analyste pointe aussi l’Allemagne, acteur de premier plan dans les échanges internationaux et récemment fustigée par Peter Navarro, conseiller commercial du président, pour ses gigantesques excédents.

Mais un repli protectionniste américain risquerait surtout de pénaliser les Etats-Unis eux-mêmes. Le renchérissement du prix des produits importés se répercutera sur le consommateur.  » Cela accélérera le processus de mauvaise croissance américaine financée par la dette « , décrit Ludovic Subran, d’Euler Hermes. Les économistes notent aussi que la production américaine ne peut que partiellement se substituer aux importations en raison de l’effet de spécialisation. Résultat, les entreprises paieront plus cher les composants importés, ce qui fera baisser leur rentabilité.

Une difficile équation coût-intérêt qui pourrait dissuader M. Trump de pousser trop loin ses velléités protectionnistes.  » Les entrepreneurs aux Etats-Unis sont républicains et ils ne veulent pas voir leurs marges fondre au soleil, note M. Subran. Trump est rattrapé par son parti et la réalité des choses.  »

De fait, hormis la sortie du traité de libre-échange transpacifique (le TPP), la Maison Blanche a jusqu’ici limité les coups d’éclat. Elle n’a pas désigné Pékin comme  » manipulateur de devises  » comme M. Trump promettait de le faire. Ni engagé de renégociation formelle de l’Aléna, le traité qui la lie au Mexique et au Canada. Au risque de passer, comme le soulignaient récemment les analystes de JPMorgan, pour une administration qui  » aboie mais ne mord pas « .

Marie de Vergès

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