Le Monde du 17 Avril 2017

Les Etats-Unis polarisent l’attention au FMI et à la Banque mondiale

La reprise s’accélère, mais les institutions multilatérales mettent en garde contre le risque protectionniste
Curieuse atmosphère. Rarement, ces dernières années, les signaux ont semblé si positifs pour l’économie mondiale. Rarement aussi, les messages alarmistes se sont autant multipliés sur les risques de dérapage dus à une incertitude politique inhabituellement élevée. Cette ambivalence donnera le ton des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) qui verront converger à Washington, du 18 au 23 avril, tout le gratin de la finance mondiale.

Enfin, la reprise s’accélère. Le FMI devrait en donner la confirmation, mardi, en revoyant à la hausse ses prévisions de croissance. Un optimisme qui tranche avec la litanie des révisions à la baisse auxquelles l’institution semblait abonnée depuis la crise de 2008. Les raisons de cet élan ?

Une meilleure situation pour les économies émergentes, d’abord. Les pays exportateurs de matières premières profitent de la remontée des cours du brut et des métaux de base. Ils bénéficient aussi de la robustesse de l’activité en Chine, où les stimulus budgétaire et monétaire ont soutenu la croissance.

 » Risques de dégradation « 
Les perspectives s’améliorent également pour les pays avancés. Aux Etats-Unis, la relance promise par le président américain Donald Trump a déjà poussé le FMI, en janvier, à rehausser ses pronostics de croissance pour la première économie mondiale (+ 2,3 % en 2017). A en croire les baromètres de confiance des ménages et des entreprises, même la zone euro semble gagnée par cette embellie.

L’éclaircie se lit aussi dans les prévisions du commerce international. Cette année, selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les échanges mondiaux de marchandises devraient progresser de 2,4 %. Un rebond après une année noire en 2016 : à 1,3 %, la hausse du commerce mondial a été plus faible que celle de l’activité, pour la première fois depuis 2009.

 » Après six années de croissance décevante, l’économie mondiale gagne en vigueur et cette reprise nourrit la promesse de plus d’emplois, de salaires plus élevés et d’une plus grande prospérité « , s’est félicitée la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, lors d’un discours à Bruxelles mercredi. Gare, pourtant, à ne pas se réjouir trop prématurément.  » Il y a des risques de dégradation très nets « , a aussi prévenu Mme Lagarde, insistant sur  » l’épée de Damoclès du protectionnisme « .

Sans surprise, la politique économique de la nouvelle administration américaine sera sous le feu des projecteurs, à Washington. Notamment ses velléités de remise en cause du système commercial multilatéral. Jusqu’ici, les attaques de M. Trump sont restées largement rhétoriques. Mais l’équipe du président a publiquement critiqué le mode de fonctionnement de l’OMC, gendarme des échanges internationaux depuis 1995.

De nombreuses incertitudes
Les Etats-Unis ont aussi provoqué la stupeur, fin mars, lors d’une réunion des grands argentiers du G20 en Allemagne, en obtenant que soit retirée du communiqué final la traditionnelle condamnation du protectionnisme. Pour les organisations multilatérales, il est temps de faire front commun. Dans un exercice inhabituel, une semaine avant les réunions de printemps, FMI, Banque mondiale et OMC ont publié ensemble un rapport pour défendre le libre-échange.  » Un système commercial global fort centré sur l’OMC reste vital « , ont-ils insisté.

 » Si les responsables politiques tentent de remédier aux pertes d’emplois dans leur pays en imposant de sévères restrictions aux importations, le commerce ne peut pas aider à stimuler la croissance et peut même freiner la reprise « , a plus tard déclaré le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo.

Les contours de l' » America First « , défendue par Donald Trump, ne constituent pas la seule inconnue susceptible de faire dérailler la croissance. Les élections en Europe, et notamment en France, ou l’impact du Brexit (peu sensible jusqu’à maintenant), figurent aussi dans ce tableau des incertitudes.

L’autre versant de la politique défendue par M. Trump – un plan de relance massif et des baisses d’impôts pour les plus riches – pose également question. Ces promesses ont suscité l’euphorie des marchés. Mais les doutes sur leur faisabilité vont grandissant. Surtout depuis le premier échec enregistré par le président américain sur l’Obamacare, la loi de santé adoptée par son prédécesseur, qu’il n’est pas parvenu à démanteler.

Soucieuses d’entretenir un dialogue constructif avec les Etats-Unis, les grandes institutions multilatérales se sont bien gardées de désigner nommément M. Trump dans leurs divers avertissements. Elles ont même repris à leur compte certains des thèmes structurants de sa campagne : la mondialisation, reconnaissent-elles aujourd’hui, a aussi fait des perdants et il est temps d’envisager des solutions. A Washington, l’élite globalisée promet ainsi de réfléchir au moyen de faire du commerce le véritable moteur d’une croissance inclusive.

Marie de Vergès

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