L’année 2017 viendra-t-elle rompre une décennie de déflation ?

Jusqu’à la crise financière mondiale de 2008-2009, la déflation avait quasiment disparu des préoccupations des dirigeants politiques et investisseurs des économies développées, à l’exception du Japon, qui depuis près d’une génération subit une incessante pression à la baisse sur les prix. Aujourd’hui, la crainte de la déflation tend à nouveau à s’atténuer.

Au milieu des années 1960, les économies développées sont entrées dans une période de pression inflationniste croissante, principalement déclenchée par une politique budgétaire et monétaire expansionniste de la part des Etats-Unis, pression que sont venues considérablement accentuer les hausses des prix du pétrole dans les années 1970. C’est ainsi que la stagflation, qui allie faible croissance économique et forte inflation, est devenue le nouveau terme à la mode à la fin de la décennie.

A cette période, la plupart des prévisions de marché ont extrapolé ces tendances, et annoncé une hausse ininterrompue des prix du pétrole et des produits de base. L’inflation est alors considérée comme un phénomène chronique, et les dirigeants se tournent vers un contrôle des prix et privilégient les politiques axées sur les revenus. Les taux d’intérêt réels à court terme (ajustés à l’inflation) deviennent constamment négatifs dans la plupart des économies développées.

Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Paul Volcker, met fin à ce cycle prolongé, en resserrant la politique monétaire américaine à partir de 1979. La stagflation cède la place à une nouvelle expression : la désinflation, alors caractéristique de nombreuses économies développées, dont le taux d’inflation va passer de deux chiffres à un seul. Désinflation et déflation sont néanmoins deux choses différentes. Entre 1962 et 1986, pas une seule économie développée n’a enregistré une diminution annuelle des prix et, dans la plupart des marchés émergents, les taux d’inflation ont explosé jusqu’à atteindre des pourcentages à trois chiffres.

Les forces déflationnistes ont ensuite été libérées par les conséquences de la crise mondiale profonde et durable apparue en 2008. Le désendettement privé a fréquemment fait obstacle aux efforts de relance des banques centrales. En 2009, près d’un tiers des économies développées enregistrait une baisse des prix – une proportion record depuis l’après-guerre. Dans les années qui ont suivi, la déflation est restée forte par rapport aux niveaux observés depuis l’après-guerre, et la plupart des banques centrales ont systématiquement échoué à atteindre leurs objectifs d’inflation pourtant modestes (environ 2 %).

Un possible sursaut
Les projets de relance envisagés par le président américain Donald Trump sont certes susceptibles de produire davantage d’effets du fait que l’économie américaine approche du plein-emploi ; ils raniment l’espoir de voir le taux d’inflation américain s’orienter à la hausse. Mais l’existence d’un contexte monétaire resserré atténue l’ampleur probable d’un tel sursaut d’inflation : bien que la hausse prévue des taux directeurs américains s’inscrive dans le cadre de la  » normalisation  » la plus modeste et la plus progressive de l’histoire de la Fed, l’appréciation durable du dollar devrait limiter la hausse des prix d’un large ensemble de marchandises importées, ainsi que pour leurs concurrents domestiques.

Cela dit, le virage prévu en termes de comportement des prix ne concerne pas uniquement les Etats-Unis. Si les projections du Fonds monétaire international se révèlent correctes pour 2017, cette année sera la première depuis une décennie à ne voir aucune économie développée enregistrer une déflation. Peut-être les effets longtemps attendus d’une expansion monétaire historique portent-ils finalement leurs fruits. Il est probable que la dépréciation monétaire observée au Royaume-Uni, au Japon et dans la zone euro ait été un catalyseur à cet égard.

Si 2017 venait effectivement à rompre avec une décennie de déflation, il serait préférable que les grandes banques centrales ne soient pas tentées de surréagir si jamais, après environ dix ans de déceptions principalement baissières (et plus encore pour le Japon), l’inflation venait à dépasser les objectifs. L’idée selon laquelle des objectifs d’inflation plus élevés (aux environs de 4 %) seraient souhaitables gagne du terrain dans le milieu universitaire et politique : ils donneraient aux banques centrales davantage de marge de manœuvre pour abaisser les taux d’intérêt en cas de récession future.

Un facteur supplémentaire pourrait inciter les banques centrales à tolérer une inflation plus élevée, bien que leurs dirigeants ne l’admettent pas ouvertement : une dose régulière d’inflation, même modérée, contribuerait à réduire les montagnes de dettes publiques et privées accumulées depuis près de quinze ans…

par carmen reinhart

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