Quelle est le rôle de la politique monétaire chez les économistes du circuit monétaire de production?

En répondant à vos mail, je me rends compte que ce point a mal été explicité en cours. J’y reviens.

Chez les économistes du circuit monétaire de production, c’est la demande de monnaie des agents qui prime sur l’offre de monnaie de la banque centrale; pour le dire autrement; les agents font des anticipations qui les poussent à investir, ou pas. Le crédit (la monnaie créée par les banques commerciales) est alors la réponse à cette demande.
Dans cette optique, on voit que la politique monétaire de la banque centrale n’est pas le point de départ des comportements de crédit. Pour le dire autrement, les demandes de crédits réagissent assez peu aux modifications du taux directeur de la banque centrale. Cela se voit lorsque le taux directeur baisse et que le crédit ne repart pas (cf depuis 2008) ou lorsque le taux directeur augmente et que les crédits ne freinent pas (cf période 2002-2007). Cette logique dans laquelle prime la demande de monnaie sur l’offre est celle que l’on retrouve dans le diviseur de crédit.

A quoi peut alors bien servir la politique monétaire si les agents ne réagissent pas aux variations du taux d’intérêt ?
La politique monétaire dans ce cas doit être une politique prudentielle: elle doit faire en sorte que les banques ne prennent pas trop de risques et que la qualité des crédits qu’elles accordent ne se dégradent pas. On dit qu’elle est plus préoccupée par la qualité de la monnaie créée que par la quantité de monnaie créée.
Si elle ne le fait pas, l’économie connaît ce que Minsky a appelé le paradoxe de la tranquillité (on appelle cela aussi le « moment Minsky »): à force d’octroyer des crédits à des agents de plus en plus fragiles, les premiers défauts de remboursement apparaissent, les croyances changent et le pessimisme succède à l’optimisme.
L’action de la Banque centrale doit donc être une action de supervision microprudentielle ou macroprudentielle.
Cette approche de la politique monétaire a longtemps été ignorée, et il a fallu la crise de 2008 pour que réapparaisse cette question de la politique monétaire comme politique de stabilisation du système financier.

Dans cette approche du circuit monétaire de production, on ne considère pas que la banque centrale en faisant varier le taux d’intérêt peut agir sur le volume des crédits et l’activité. On considère que ce type de politique monétaire est assez inefficace. C’est tout l’échec de la politique menée par Draghi depuis 2014.
remarque de vocabulaire: on a l’habitude d’appeler « keynésiennes » les politiques d’après guerre dites de « stop and go »: dans ces politiques, les pouvoirs publics agissent sur le déficit public (politique budgétaire) et le taux directeur (politique monétaire) pour faire varier le niveau d’activité (et faire baisser le taux de chômage).
Or, comme je viens de l’écrire, concernant la politique monétaire cela ne correspond pas au raisonnement keynésien du circuit monétaire de production.
Ces politiques de stop and go sont en fait un mélange de Keynes et des néoclassiques. On les appelle d’ailleurs le « keynésianisme de la synthèse » : comme chez Keynes, on trouve l’idée que la puissance publique peut soutenir la demande globale et l’activité pour lutter contre le chômage, mais comme chez les quantitativistes, on trouve l’idée que la politique monétaire menée par la banque centrale et donc les variations de la base monétaire sont à l’origine des variations du crédit.

 

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