Je vais clarifier les réponses que j’attends sur ce dernier point abordé en cours.

Il y a 3 positions différentes :

1) chez ceux qui défendent la monnaie exogène neutre (quantitativistes) et la monnaie exogène active (autrichiens), la politique monétaire doit permettre de créer suffisamment de monnaie pour que le niveau général des prix reste stable (approche quantitative et monétariste de la monnaie) et pour qu’il n’y ait pas de faux signal et une crise de surproduction (chez les autrichiens). La BC agit sur le taux d’intérêt (ou les réserves obligatoires) pour que l’augmentation de la quantité de monnaie provoquée par le crédit soit proportionnelle à l’augmentation de la production et des biens échangés.

2) chez ceux qui défendent la monnaie endogène et active, l’action de la banque centrale sur les crédits n’a pas vraiment d’impact. Les agents économiques ont des représentations de l’avenir et ils décident d’investir et d’emprunter en fonction de ces représentations; peu importe que le taux d’intérêt augmente ou baisse. La création de monnaie (rôle du crédit) est donc liée à l’activité économique et aux croyances des investisseurs. C’est le point de vue de Keynes et des post-keynésiens (Minsky). Que peut faire la banque centrale ? Elle peut réglementer l’activité des banques et imposer des règles qui permettent de vérifier que les crédits octroyés sont de bonne qualité, ou que les banques auront les réserves nécessaires en cas de crise. L’action de la banque centrale est ici une action de supervision.

3) il y a ensuite une troisième réponse qui mélange les deux approches: celle des keynésiens de la synthèse.
Ils pensent que la création monétaire a un impact sur le niveau d’activité : stimuler les crédits = stimuler les investissements et la production. Ils imaginent que grâce à la création monétaire, la production peut augmenter et le chômage baisser. Ils ont donc une conception « active » de la monnaie. Sur ce point, ils se rapprochent des keynésiens.
Mais ils pensent aussi que c’est la banque centrale qui a le pouvoir d’inciter ou pas à investir. A la différence des keynésiens, ils ne raisonnent pas à partir de la notion de croyance dans l’avenir. ils ne font pas l’hypothèse que les agents font des anticipations; par contre, ils font l’hypothèse que les investisseurs réagissent automatiquement aux variations du taux d’intérêt. Ils donnent donc un pouvoir important à la banque centrale = elle peut agir sur le crédit en manipulant le taux d’intérêt.
En résumé, ils mélangent une conception exogène de la monnaie (rôle de la BC) avec une conception active (conséquence de la création de monnaie sur l’activité). Ce qui leur permet de faire ce mélange, c’est le fait de ne pas utiliser la notion de représentation/croyance de l’avenir. Ils enlèvent l’hypothèse des croyances de leur raisonnement. Ils partent de l’idée que la banque centrale en manipulant le taux d’intérêt va agir directement sur le volume des crédits et que ces crédits vont avoir un impact sur l’activité. Le début du raisonnement est quantitativiste, la fin est keynésienne. C’est le point de vue des « keynésiens de la synthèse ».

Si l’on prend une lecture historique de la politique monétaire : la troisième conception prime dans les années 1950/1970; la première conception prend une influence croissante à partir de 1980 car l’objectif de lutte contre l’inflation devient une priorité. Ce qui se passe depuis 2008 conduit à s’interroger sur l’efficacité de la politique monétaire et le rôle de superviseur de la banque centrale, cela renvoie à la seconde conception de la politique monétaire.

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