Une adhésion inquiétante des Français aux diverses théories du complot

La Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch publient une étude qui teste plusieurs assertions
S’ils sont eux-mêmes à prendre avec précaution, compte tenu des marges d’erreur inhérentes à tout sondage, les résultats de l’étude sur le complotisme publiés dimanche 7 janvier par la Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch font froid dans le dos. Cette enquête de l’IFOP, réalisée en ligne les 19 et 20 décembre 2017 auprès de 1 252 personnes, montre une forte prégnance des théories du complot au sein de la population française, et des plus jeunes en particulier. Seules 21 % des personnes interrogées ne croient à aucune de ce genre de théories qui ont été soumises, par le biais de différentes assertions, à l’échantillon.

Trois ans après les attentats commis à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, à Paris, près d’un Français sur cinq (19 %) considère que  » des zones d’ombre subsistent « , et que  » ce n’est pas vraiment certain que ces attentats aient été planifiés et réalisés uniquement par des terroristes islamistes « . 27 % des moins de 35 ans (30 % des 18-24 ans) partagent ces doutes.

Ces chiffres sont plus élevés encore s’agissant des attentats du 11 septembre 2001 : 29 % des personnes interrogées estiment qu' » au sein du gouvernement américain, certains étaient informés des attentats mais ils ont délibérément laissé faire pour ensuite justifier une intervention militaire en Afghanistan et en Irak « . 6 % croient même que  » des membres de l’administration et du gouvernement américain ont planifié et orchestré activement  » ces attaques. Par ailleurs, près d’un demi-siècle après l’événement en question, 16 % soutiennent l’idée selon laquelle  » les Américains ne sont jamais allés sur la Lune « .

Forte défiance
Parmi les différentes  » opinions  » proposées au sujet de l’immigration, on relève que près de la moitié de l’échantillon (48 %) se dit en accord (17 %  » tout à fait d’accord « , 31 %  » plutôt d’accord « ) avec la thèse selon laquelle  » c’est un projet politique de remplacement d’une civilisation par une autre organisé délibérément par nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques et auquel il convient de mettre fin en renvoyant ces populations d’où elles viennent « .

La santé publique est un terrain propice au développement de thèses générant et encourageant une forte méfiance de nos concitoyens. Résultat : plus de la moitié des Français (55 %) estiment ainsi que  » le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins « . 32 % se disent d’accord avec cette phrase :  » Le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde.  »

Comparées à d’autres items, les connaissances scientifiques sur le réchauffement climatique sont relativement épargnées, et cette fois en particulier chez les jeunes. 65 % des Français (72 % des 18-24 ans) jugent  » certain que c’est un problème causé principalement par l’activité humaine  » ; 25 % pensent qu' » on ne sait pas encore clairement – s’il – provient de l’activité humaine ou des rayonnements solaires « .

Des siècles de recherche scientifique sont encore remis en cause par une partie de nos concitoyens. 9 % des sondés sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle  » il est possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école « . 18 % (31 % des 18-24 ans) adhèrent à l’idée que  » Dieu a créé l’homme et la Terre il y a moins de 10 000 ans « …

Le succès des thèses complotistes s’accompagne d’une forte défiance vis-à-vis des médias et des structures démocratiques. Seules 25 % des personnes interrogées jugent que  » globalement, – les médias – restituent correctement l’information et son capables de se corriger quand ils ont fait une erreur « . 35 % ne sont  » pas d’accord  » avec l’affirmation selon laquelle  » les élections en France sont organisées de manière suffisamment transparente et sûre pour éviter les tricheries et assurer la réalité des votes « .

Jean-Baptiste de Montvalon

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