La BCE fait un petit pas vers l’abandon de son programme de soutien à l’économie

L’institution de Francfort a renoncé, jeudi 8 mars, à la possibilité d’augmenter le volume mensuel de ses rachats de dettes publiques et privées.

Le Monde.fr avec AFP | • Mis à jour le

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C’est un petit pas, mais il amorce peut-être une nouvelle étape pour la Banque centrale européenne (BCE). L’institution de Francfort a renoncé, jeudi 8 mars, à la possibilité d’augmenter le volume mensuel de ses rachats de dettes publiques et privées.

Dans son traditionnel communiqué sur les taux, la BCE a supprimé la phrase, répétée à chaque réunion depuis décembre 2016, prévoyant « d’accroître » si nécessaire « le volume » de ce programme, actuellement fixé à 30 milliards d’euros par mois. Celui-ci représente déjà près de 2 400 milliards d’euros depuis son lancement, en mars 2015.

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Décrue irréversible

Par ce net changement de communication, la BCE amorce une décrue irréversible du « quantitative easing » (QE), passé en avril 2016 de 80 milliards à 60 milliards d’euros mensuels, puis tombé à 30 milliards d’euros par mois depuis janvier.

En revanche, la Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs au plus bas. Le principal taux de refinancement a été laissé à zéro, tandis que les banques continueront à payer à la BCE un intérêt négatif de 0,40 % pour les liquidités dont elles n’ont pas l’utilité immédiate.

Cette annonce « est sans doute le premier pas prudent de la BCE sur la voie d’une normalisation progressive de sa politique monétaire, ce qui explique la hausse immédiate de l’euro », a commenté l’organisme d’étude économique Capital economics.

Le calendrier de l’abandon des rachats d’actifs demeure néanmoins mystérieux, la BCE devant à la fois intégrer la conjoncture solide, la faiblesse durable de l’inflation, et désormais les menaces d’une guerre commerciale déclenchée par Washington.

La semaine dernière le président américain a annoncé son intention d’imposer 25 % de taxes sur les importations d’acier et 10 % sur celles d’aluminium, ravivant le spectre de sanctions commerciales croisées.

Une menace qui n’a pas manqué de faire réagir, jeudi, le président de la BCE, Mario Draghi, qui s’est inquiété des relations internationales actuelles :

« Il y a une certaine inquiétude ou préoccupation sur l’état des relations internationales, parce que si vous adoptez des taxes contre (…) vos alliés, on peut se demander qui sont les ennemis. »

Selon lui, la résolution des conflits internationaux doit se faire dans un cadre « multilatéral », faute de quoi des « représailles » sont à craindre, avec un impact « difficile à prévoir » sur le climat économique.

Colombes et faucons

Si la BCE s’est montrée optimiste ces derniers mois quant à la croissance dans la zone euro, l’évolution des prix peine à suivre celle de la conjoncture. Lors de ses dernières prévisions, en décembre, la BCE attendait 1,7 % d’inflation en 2020, un niveau pas encore conforme à son objectif « proche mais inférieur à 2 % » par an.

Dans ce contexte, les observateurs attendent peu d’indications ce jeudi de M. Draghi sur le calendrier de l’abandon de son vaste soutien à l’économie. La majorité table sur un arrêt du QE en fin d’année, dont la BCE a dit qu’il serait suivi « bien après » par une première hausse de taux.

La querelle, qui couve depuis plusieurs mois au sein de l’institution sur la vitesse d’application de ce plan, devrait aboutir à des annonces plus concrètes au mois de juin, estime la majorité des économistes.

Le clan des « colombes », emmenées par M. Draghi, qui plaide pour conserver un ton accommodant tant que les perspectives d’inflation ne s’éclaircissent pas, conserverait ainsi l’avantage sur les « faucons », qui veulent voir la BCE durcir rapidement le ton.

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