Voici le « Faire le point » sur le cours d’ESH (Faire-le-point-ESH-19-12-18)de ce jour ainsi qu’un résumé sur la théorie des cycles réels. Pour information, le PPT du chapitre 4 a été actualisé sur le billet du 4 décembre (PPT complet désormais).

La théorie des cycles réels

Contrairement aux monétaristes, les nouveaux classiques considèrent que les agents économiques dotés d’anticipations rationnelles ne sont pas victimes de l’illusion monétaire. Contrairement aux keynésiens, ils considèrent que les prix sont parfaitement flexibles. Il en découle que les mécanismes de marché (la variation des prix) ramènent instantanément l’économie à son équilibre de long terme (le PIB potentiel). Autrement dit la propagation des chocs dans l’économie est totalement absorbée par la variation des prix et ne génère pas de fluctuations. Avec un tel modèle, un problème de portée empiriquese pose puisque l’on observe de nombreuses fluctuations économiques au cours du temps.

F. Kydland et E. Prescott (lauréats du Prix Nobel 2004) vont donc proposer dans un cadre de raisonnement nouveau classique une explication des fluctuations qui ne passe ni par la rigidité/viscosité des prix (les prix étant supposés parfaitement flexibles) ni par l’illusion monétaire (les anticipations des AE étant rationnelles, ces derniers ne mésestiment pas l’inflation). Ils vont imputer les fluctuationsque l’on observe empiriquement à des chocs technologiques exogènes, c’est-à-dire des chocs d’offre qui augmentent ou baissent la productivité. La propagation de ces chocs ne génère pas de déséquilibres mais modifie les paramètres du calcul coût-avantage des AE qui vont changer leurs comportements pour maximiser leur intérêt. Par exemple en cas de choc d’offre positif, la hausse de la productivité induit unehausse des profits et une hausse des revenus salariauxqui incitent les firmes à davantage investir et les ménages à davantage offrir leur force de travail (parce que le coût d’opportunité du loisir augmente, les travailleurs substituent du travail au loisir). La croissance économique s’accélère. On a ici l’explication des phases d’expansion.

Toutefois Kydland et Prescott considèrent que les chocs de productivité sont temporaires, c’est-à-dire que l’effet qu’ils génèrent sur la productivité s’épuisent petit à petit. Partant, les entreprises et les salariés réagissent à cette modification des incitations en diminuant respectivement leurs investissements et leur offre de travail (les salariés prennent plus de loisir en profitant notamment des revenus engendrés dans la phase d’expansion). La croissance économique ralentit. On a ici l’explication des phases de récession.

La théorie des cycles réels permet donc de fournir une explication des fluctuations dans un univers de prix parfaitement flexibles et dans lequel les agents sont dotés d’anticipations rationnelles. L’accélération du rythme de croissance du PIB et sa décélération ou son recul sont la conséquence de la réponse optimale des AE aux chocs de productivité. M. Burda et Ch. Wyplosz écrivent dans Macroéconomie Une perspective européenne (2009) :« Ces réactions cycliques sont optimales pour toutes les parties concernées. C’est le mieux que puissent faire les agents et il n’y a ni chômage (involontaire), ni occasions manquées. » C’est la raison pour laquelle on qualifie aussi la théorie des cycles de théorie des cycles à l’équilibre. « Ceci contraste fortement avec l’interprétation en termes de prix rigides, qui met l’accent sur le chômage et l’allocation inefficace des ressources durant les récessions. L’approche des cycles réels en conclut notamment – cette conclusion heurte bon nombre d’économistes et est donc très controversée – à l’inutilité des politiques de demande. En effet, une des implications de la théorie des cycles réels est que, puisque par définition ménages et entreprises font pour le mieux, compte tenu de contraintes changeantes, il n’y a pas lieu de plaindre. Ainsi, les récessions profondes sont vues comme la meilleure réaction possible des économies à de graves chocs négatifs de productivité. (…) L’observation indique que les prix semblent rigides à court terme. C’est cet élément de réalisme que la théorie des cycles réels n’a pas encore intégré, ce qui limite son acceptation par une bonne part de la profession, en dépit de sa rigueur intellectuelle.

 

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