Présentez le mécanisme de déflation par la dette en insistant sur les liens entre dépression et déflation et en illustrant avec une expérience historique

On doit à Irving Fisher le mécanisme de déflation par la dette qu’il a forgé en analysant la crise de 1929 aux Etats-Unis.

Lorsque les conventions financières sont excessivement optimistes, les agents économiques accèdent facilement au crédit ce qui augmente l’endettement, provoque des bulles spéculatives et favorise l’expansion.

Lorsque les conventions se retournent et que la bulle spéculative éclate, on constate alors la fragilité des bilans des agents économiques, fragilité qui était cachée durant la phase d’expansion par la forte hausse des prix des actifs. Hyman Minsky parle de paradoxe de la tranquillité pour souligner le lien entre les deux phases.

La baisse du prix des actifs fait subir des pertes aux agents économiques. La part de la dette dans leur bilan devient très importante. Aussi, essaient-ils de revendre des actifs (immobilier, actifs financiers) pour se désendetter. Mais cette stratégie de désendettement est contrariée parce que la vente massive d’actifs fait encore plus baisser leurs cours.

Cette détérioration des bilans instaure une défiance entre les banques commerciales qui paralyse le marché interbancaire. En difficulté pour se refinancer, les banques coupent alors les vannes du crédit d’autant plus qu’elles considèrent désormais les emprunteurs comme très risqués (forte part de la dette dans le bilan des emprunteurs et faiblesse de la valeur des actifs qui peuvent jouer le rôle de collatéral pour obtenir un financement).

Il en découle un gros choc de demande négatif qui est amplifié par l’énorme effort d’épargne des agents pour se désendetter. Ce choc de demande négatif fait reculer la production, augmenter le chômage, baisser les revenus et baisser les prix des biens et des services.

Cette baisse des prix des biens et des services ne permet toutefois pas d’augmenter la demande et de résorber la crise, et ceci pour deux raisons. Tout d’abord, la baisse des prix ne se traduit pas par une hausse de la dépense parce que les agents économiques, anticipant d’autres baisses futures de prix, préfèrent renoncer à la dépense aujourd’hui pour acheter moins cher demain. D’autre part, la déflation accroît le poids réel de la dette (la dette représente une quantité de plus en plus grande de biens et services ou d’heures de travail ou d’actifs immobiliers ou financiers) ce qui force les agents économiques à moins dépenser pour rembourser. La déflation provoque en effet une situation assez paradoxale qu’Irving Fisher résume en disant que « plus les débiteurs remboursent (en terme nominal), plus ils doivent » (en terme réel). On peut rajouter que la hausse du taux d’intérêt réel (taux d’intérêt nominal – taux d’inflation) désincite encore plus les agents à investir. Par ces différents effets, la déflation réduit la demande et entretient la dépression qui entretient à son tour la déflation : on parle de cercle vicieux de la déflation et de la dépression.

Ce mécanisme permet d’analyser finement ce qu’il s’est passé aux États-Unis lors de la crise de 1929 mais aussi au Japon dans les années 1990 ou bien encore après la crise des subprimes, trois crises qui sont des crises d’endettement. C’est ce mécanisme de déflation par la dette qui explique l’ampleur et la durée de ces forte récessions.